Samedi 1er mars :
Le monde entier a vu les images : alors qu’ils s’entretenaient à la Maison-Blanche, à propos de la résolution de la guerre en Ukraine, le ton est monté entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky.
La rencontre a été arrêtée et la conférence de presse conjointe qui devait suivre a été annulée avant que le président ukrainien ne quitte précipitamment les lieux.
Il ne saurait être question, comme le font beaucoup de journalistes depuis hier soir, de prendre partie pour l’un ou pour l’autre des protagonistes mais plutôt de décrypter ce clash qui fera date, non seulement dans l’histoire de la guerre en Ukraine mais aussi dans celle des échanges diplomatiques.
Si l’on ne comprend pas les positions de chacun il est impossible d’analyser cet épisode qui confine au dialogue de sourds.
Trump veut la paix ; immédiate et quelle qu’en soit le coût pour l’Ukraine qui a perdu près de 20% de son territoire. Le but, au-delà de recevoir le prix Nobel de la Paix qu’il convoite, c’est de bénéficier des ressources de ce pays car il souhaite réduire la dépendance américaine aux minerais chinois et, en même temps, se faire rembourser une partie de l’aide militaire octroyée à l’Ukraine. D’où l’accord qui devait être signé sur l’exploitation des terres rares ukrainiennes mais… sans contreparties sur la sécurité du pays.
En face, à l’heure où le président américain tente de négocier avec Moscou en excluant son pays, Zelensky était venu chercher à Washington des garanties quant au soutien de son principal allié, sans hésiter à le critiquer, sur ce qu’il faisait ou ne faisait pas assez.
Sauf que l’administration a changé et qu’avec Trump, tel un chef mafieux, tout se conclut par un deal ou se finit par le chantage et les menaces, loin des habituelles conventions diplomatiques.
Et autant dire qu’il en a été pour ses frais !
Pris au piège tel un lapin pris dans les phares ; questionné sur son absence de costume ; interpellé directement par le vice-président Vance – contre tous les usages – accusé, tel un obligé, de ne pas avoir suffisamment remercié les États-Unis et menacé d’être lâché s’il ne concluait pas d’accord, le président ukrainien a mordu à l’hameçon face à des contre-vérités assenées avec un tel aplomb que le scénario ne pouvait qu’avoir été écrit à l’avance !
Non content d’être sans précédent dans l’histoire contemporaine, cette dispute lunaire, sous les caméras du monde entier, est un mauvais signal qui souligne l’océan d’incompréhension qui sépare désormais l’Amérique de l’Europe.
Le soucis, pendant ce temps-là, c’est que la France et les européens voient passer les trains… mais peuvent-ils se payer d’autre chose que de mots ?
La candeur du président Macron à croire, après son entrevue de lundi à Washington, « qu’il y avait un chemin” avec Donald Trump pour mettre fin à la guerre en Ukraine, vient de se fracasser sur la realpolitik !