Mouvement gaulliste et républicain

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Remonter le temps

Les réflexions gaullistes des semaines du 23 février au 8 mars 2026 par Christophe CHASTANET

Mercredi 4 mars 2026 :

Alors que l’état-major avait jusqu’ici démenti un redéploiement imminent du groupe aéronaval vers la Méditerranée, Emmanuel Macron a annoncé le contraire, hier soir, dans une courte allocution depuis l’Élysée.

Le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte ont ainsi reçu l’ordre d’interrompre leur mission en Europe du Nord pour rejoindre la Méditerranée. Et ils ne sont pas les seuls puisqu’en réalité, le gros de la flotte française va être déployé dans la région.

Nous voilà donc impliqués dans une guerre qui n’est pas la nôtre ; tenus par des accords de défense signés par Paris ces dernières années, notamment avec les Émirats Arabes Unis, le Qatar ou encore Koweït, tous visés par des drones ou des missiles iraniens depuis le début de l’offensive américano-israélienne sur le pays (lire reflexions gaullistes CC, 02/03).

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Alors que la France n’a été ni consultée, ni avertie, elle se retrouve contrainte de réagir avec le déploiement d’équipements militaires « défensifs » en Méditerranée orientale et à Chypre, devenue soudainement la zone arrière la plus exposée.

Pour protéger nos ressortissants et défendre les intérêts francais ou ceux du commerce international ? poser la question, c’est déjà donner la réponse.

Dans ces conditions, prendre les Français à témoin est un procédé plus que léger pour engager nos forces armées, fussent-elles dans une logique défensive.

Nous ne sommes pas dans un jeu, à l’instar du petit soldat de plomb posé bien en évidence sur le bureau présidentiel.

Ce conflit aux contours incertains sera long ; il s’est d’ailleurs nettement intensifié depuis ce week-end, avec une extension des frappes et une implication croissante d’acteurs régionaux.

A tout moment, nous risquons d’être entraînés dans un engrenage mortifère. Certes, la France ne souhaite pas l’escalade mais nous ne maîtrisons rien et encore moins la tournure des événements !

Cet épisode tragique qui ébranle le Moyen-Orient marque peut-être la fin d’une illusion.

Et il ouvre immanquablement une question décisive : notre pays saura-t-il transformer ce choc en opportunité ?

Plutôt que de s’aligner, la France gagnerait à affirmer son indépendance et à renforcer son propre rôle sur la scène internationale.

Pour retrouver une voix forte et originale, qui compte dans le concert des nations, notre pays doit reconsidérer son positionnement stratégique.

C’est un rendez-vous avec l’Histoire qui ne se mesure pas en nombre de missiles mais en courage politique…

«Être un ennemi des États-Unis peut être dangereux, mais être leur ami est fatal.» La formule d’Henry Kissinger résonne aujourd’hui avec une force particulière !

Mardi 3 mars 2026 :

Sur la base navale de l’Ile-Longue dans la rade de Brest, qui abrite les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), le président de la République a annoncé hier une augmentation du nombre de têtes nucléaires – sans en communiquer le chiffre – mais surtout une évolution majeure de la dissuasion nucléaire française.

Avec son concept de « dissuasion avancée », Emmanuel Macron a rompu avec la doctrine classique d’engagement de l’arme nucléaire en étant prêt à déployer l’arme nucléaire française chez des alliés européens.

C’est une grave atteinte au legs du Général de Gaulle.

Peu importe que le concept de dissuasion partagée soit abandonné dans son esprit et que la décision ultime reste celle du chef de l’Etat.

Dès lors que le déclenchement d’une frappe nucléaire dépendrait de l’alerte donnée par un pays tiers, la souveraineté française sur sa dissuasion nucléaire est bien atteinte.

Le locataire de l’Élysée – qui ne sera plus rue du Faubourg Saint-Honoré dans un an – oublie un peu trop vite qu’il n’est que le dépositaire (et non le propriétaire) de cette compétence de souveraineté nationale.

Selon lui, dans un monde de plus en plus dangereux, « l’indépendance ne peut être la solitude ».

Ce n’est pas un discours nouveau chez cet européiste qui a toujours eu une interprétation élargie des intérêts vitaux de la France.

En assumant d’infléchir la doctrine de la dissuasion française pour lui donner une dimension européenne, il présuppose que les intérêts vitaux français et les intérêts vitaux européens convergent parfaitement.

Or, posons-nous clairement la question : est-on prêt à voir Paris détruit pour protéger Vilnius ou Varsovie ?

Que l’adversaire doté ne nous croit pas – ce qui est une hypothèse plausible – et toute la solidité de notre puissance de dissuasion pourrait être remise en cause. Ou comment créer une confusion dévastatrice pour notre crédibilité !

Paradoxalement, alors qu’une stratégie est destinée à décliner une politique, c’est ici l’inverse : le débat stratégique semble vouloir accélérer une politique qui n’a jamais été formulée en tant que telle !

A-t-on voté pour que notre pays en soit réduit à n’être qu’un prestataire de sécurité pour ses voisins ?

Obsédé par l’idée de laisser une trace pour la postérité et son empreinte sur cette Europe qu’il idéalise, Emmanuel Macron, sous couvert d’adapter la doctrine en la matière aux nouveaux équilibres mondiaux, fragilise le dernier atout majeur de la France.

Il en sera comptable devant l’Histoire !

Lundi 2 mars 2026 :

Après l’effet de sideration provoqué par l’élimination de l’ayatollah Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens (lire communiqué UPF, 01/03), l’offensive américano-israélienne s’est poursuivie hier et ce matin encore contre le Liban qui, bien malgré lui, est entraîné dans la guerre !

Adepte des coups d’éclat, Trump a indubitablement remporté la première manche de son poker menteur avec l’Iran : leur guide suprême est mort, et le régime est isolé.

Et maintenant ? il n’y a pas de plan.

En présentant diverses visions souvent incohérentes, le président américain invente la guerre à l’aveuglette…

Incapable de prévoir ce qu’il va se passer – car cela n’a pas été preparé et que cela ne l’intéresse pas – il a plongé l’Iran et le Moyen-Orient dans l’inconnu en espérant que la pièce tombe du bon côté.

Cette attaque s’inscrit dans un nouvel ordre mondial, où la loi du plus fort prime, mais qui est chaotique et incertain.

Aujourd’hui, personne ne peut prédire une quelconque issue aux opérations américano-israéliennes et quiconque s’y risquerait ne serait qu’un imposteur.

La tête de la pieuvre a été coupée mais la République islamique s’était préparée à tous les scenarios, y compris la mort de son guide suprême. C’est pourquoi, si l’appareil sécuritaire ne vire pas de bord, la population iranienne, seule et désarmée, ne pourra rien faire pour renverser le régime.

La Révolution n’est pas pour tout de suite. Après la répression sanglante de janvier et maintenant les bombardements, l’heure n’est pas à la mobilisation populaire.

En frappant les monarchies du Golfe, les mollahs font d’ailleurs le pari que ces royaumes feront pression sur Trump pour mettre fin rapidement au conflit et survivre à celui-ci.

Dans ce conflit, chacune des parties estime avoir un droit inaliénable de se défendre.

Dimension religieuse ; nationalisme exacerbé ; compétition des ressources sont autant de données insidieuses qui alimentent sans cesse toutes les transgressions au droit international dans ce Moyen-Orient et au premier rang duquel le droit à la paix.

Enfin, en ce qui concerne la France, celle-ci n’a pas été prévenue et n’est pas partie prenante. Sauf que… même lorsque l’on ne veut pas choisir la guerre, celle-ci peut nous choisir. L’attaque de drones contre la base navale de l’armée française à Abu Dhabi prouve que nos intérêts peuvent être en péril.

Nous ne pouvons nous contenter d’un rôle d’observateur dans cette affaire.

D’une part, car nous avons une dette morale envers le peuple iranien pour avoir accueilli l’ayatollah Khomeini, sous la presidence Giscard, mais aussi car nous savons que, à chaque fois que les États-Unis ont lancé des opérations militaires, que ce soit en Afghanistan, en Syrie ou en Irak, son retrait a entraîné une instabilité qui a menacé notre sécurité intérieure.

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