Jeudi 6 mars 2025 :
Hier soir, à la veille d’un Conseil européen sur la sécurité, Emmanuel Macron s’est exprimé devant les Français, alors que la guerre en Ukraine a subi ces derniers jours des soubresauts majeurs avec le lâchage en règle du régime ukrainien par les États-Unis.
Comme chef de guerre face au Covid, il lui manquait deux choses : que la pandémie fût une guerre et qu’il soit un chef. Alors, maintenant, il entend bien se rattraper !
Dans une allocution aux tonalités dramatiques, il a dressé un constat sans concession sur la Russie qui, selon lui, ne s’arrêtera pas à l’Ukraine.
Sa charge violente est en grande partie inexacte. Non pas qu’il faille être naïfs ou spectateurs face à la menace russe, comme il l’affirme, mais jouer sur la peur, ressort puissant du débat politique, n’est pas un argument crédible.
Cette fois-ci, ce sont donc les chars russes qui seraient prêts, comme en 1981, à défiler sur les Champs-Elysées avant de planter leur drapeau sur l’Arc de Triomphe… on en tremble jusqu’aux os !
Au-delà de la dérision, sa démonstration manque d’objectivité. En effet, si l’agresseur est clairement identifié dans cette guerre, il est regrettable de passer sous silence la part de responsabilité de l’Ukraine dans son déclenchement. Le nier, revient à prendre fait et cause pour un camp et ne pas se placer en position de pouvoir construire une paix durable.
Comment dénoncer la “poutinisation” de Washington si nous faisons l’exact inverse !
Face à un contexte géopolitique instable, le chef de l’État a avancé des propositions.
Il a ainsi promis un investissement renforcé dans le domaine de la défense. Alors qu’il n’a plus de marges de manoeuvre, faute de majorité au Parlement, il va pouvoir s’appuyer sur l’Union européenne pour financer une partie de la hausse des dépenses militaires. Mais ce recours ne sera pas indolore et se traduira in fine pour la France par une hausse de sa contribution au budget de l’Union européenne…
Il a également souhaité ouvrir un “débat stratégique” sur la protection des alliés européens par la dissuasion nucléaire française.
Ouvrir le parapluie nucléaire français aux européens, avec tous les risques que cela comprend pour notre pays, est une folie que les gaullistes n’auront de cesse de dénoncer.
Il n’y a pas de parapluie nucléaire européen et il n’y en aura jamais. Notre indépendance stratégique ne saurait se partager et notre souveraineté être bradée au nom de belles intentions.
Si l’avenir de l’Europe n’a pas à être tranché à Washington ou à Moscou, l’avenir de la France n’a pas à l’être à Bruxelles ! Aussi, c’est un peu trop simple après de venir demander plus d’engagement aux Français dans une grandiloquente conclusion : « la Patrie a besoin de vous ».
L’effet drapeau n’a qu’un temps. Comme l’état de grâce, cela ne dure pas !
Lundi 3 mars 2025 :
Après l’altercation avec Donald Trump, en mondivision à la Maison Blanche (lire reflexions gaullistes CC, 01/03), 18 dirigeants européens ainsi que le Premier ministre canadien se sont réunis hier à Londres autour du président ukrainien pour… on ne sait pas trop quoi, si ce n’est un soutien de façade et des tapes dans le dos de Volodymyr Zelensky.
Le contraste avec vendredi était patent mais rien de concret n’émane de ce sommet : beaucoup de jolis mots et guère de décisions !
Et pour cause, comme en début de semaine à l’ONU face à la résolution américano-russe, les européens se contentent d’aboyer puis de rentrer à la niche.
C’est tout le dilemme : comment rester crédibles et ne pas froisser Washington ?
Rien ne se fera sans le soutien des Etats-Unis, dixit le Premier ministre britannique, Keir Starmer.
Même l’augmentation des budgets de défense des pays de l’UE va profiter aux USA puisque la majorité des pays européens vont continuer à acheter des armes américaines…
L’Europe doit choisir son destin plutôt que de le subir ? dans ce cas là, intégrons les contraintes de la géopolitique, qui ne sont plus compatibles avec le pacifisme structurel de l’Europe et son hypocrisie larvée, à l’image de la promesse britannique de fournir à l’Ukraine 5 000 missiles pour la défense antiaérienne, destinés à abattre les drones… d’ici à 2030 !
Pendant ce temps, la Russie ne peut que se frotter les mains de la tournure des événements.
Reste la volonté des « néocons » et des européistes de profiter de cette guerre, pour avancer leurs pions en faveur d’une fédéralisation de l’Union européenne, au détriment de ses peuples.
Cela se ressent naturellement en matière de défense.
Sauf qu’une défense, ce n’est que l’instrument d’une politique étrangère et pour qu’il y ait une véritable défense européenne, il faudrait parler d’une seule voix pour défendre ses propres intérêts dans le monde…
On en est loin.
Preuve s’il en est : la trêve partielle d’un mois, vendue par Emmanuel Macron au Figaro, était une annonce prématurée (ou pire, un mensonge) puisque le secrétaire d’Etat britannique aux Forces armées a réfuté un tel accord.
Tout simplement car cette Europe fédérale, que l’on cherche à nous vendre, n’est pas notre Histoire et ne sera pas notre avenir.
Les États membres sont mieux équipés pour déployer une diplomatie et une stratégie militaire qu’ils ont construites au fil de leur histoire. Ce qui ne saurait naturellement empêcher les rassemblements de circonstances.
Oui, nous traversons des moments historiques. Mais Kiev en 2025 n’est pas Dantzig en 1939 : l’Histoire ne se répète jamais deux fois de la même façon !