Dans un an se tiendra l’élection présidentielle, rendez-vous central de la Ve République tel que l’avait conçu le Général de Gaulle.
Après deux mandats successifs, Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter. Un nouveau Président lui succédera donc nécessairement. À l’approche de cette échéance, l’heure est venue d’esquisser un premier bilan d’une présidence qui aura marqué durablement la vie politique française.
Depuis 2017, les événements se sont enchaînés à un rythme soutenu, rarement sous des auspices favorables.
Dès 2018, le mouvement des « gilets jaunes », né de la contestation de la taxe carbone et de la hausse du prix des carburants, a profondément ébranlé le pouvoir. Émaillé de violences, ce mouvement a débouché sur un « grand débat national » dont les conclusions, consignées dans des cahiers de doléances, sont restées sans effets tangibles.
Dans la foulée, le gouvernement d’Édouard Philippe a tenté d’imposer une réforme des retraites fixant un âge pivot à 64 ans, malgré une forte opposition populaire. Le projet a finalement été suspendu en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19. Durant cette période, les Français ont été confinés pendant plusieurs mois, tandis que l’État déployait une politique de soutien massif aux entreprises, résumée par la formule du « quoi qu’il en coûte ». Cette stratégie a contribué à creuser significativement la dette publique, passée d’environ 2 281 milliards d’euros en 2017 à près de 3 345 milliards en 2025. le soit-disant Mozart de la finance c’est transformé en un chef d’orchestre sans partition et avec des musiciens qui jouent chacun leur solo.
La pandémie a également pesé sur la campagne présidentielle de 2022, facilitant la réélection d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Les grands débats indispensables d’une présidentielle ont été complètement esquivés.
Sur le plan économique, la croissance réelle apparaît atone sur la période 2017-2025, flirtant avec la stagnation dans certains secteurs. Si le chômage avait initialement reculé, il est reparti à la hausse pour atteindre 7,9 % de la population active fin 2025. Dans le même temps, l’écart avec la moyenne de la zone euro s’est creusé, traduisant un affaiblissement relatif de la compétitivité du marché du travail français. ce qui laisse à penser que le chômage devrait encore augmenter dans les mois et les années à venir… d’ailleurs le thème du chômage semble avoir complètement disparu du débat public.
La flambée des prix du pétrole, désormais largement au-delà des 2 euros, fait peser la menace d’une crise économique d’ampleur, dont les conséquences sociales pourraient être particulièrement violentes. À ce jour, aucun signe tangible ne laisse entrevoir une issue proche à la crise actuelle, qui pourrait durablement s’enraciner et s’aggraver.
À ces difficultés s’ajoutent une baisse de la natalité, aux conséquences directes sur l’équilibre du système de retraites et la demande intérieure, impliquant un déficit commercial structurel avoisinant les 80 milliards d’euros par an, signe d’une dépendance accrue aux échanges internationaux. Visiblement il y a pas mal de canards dans l’orchestre !
La réforme des retraites a finalement été adoptée sous le gouvernement d’Élisabeth Borne, une nouvelle fois dans un contexte de forte contestation sociale. Parallèlement, la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), décidée dès le début du premier quinquennat, a profondément accru les inégalités, sans que les effets attendus en matière d’investissement et de « ruissellement » soient clairement établis.
Autre mesure emblématique, la suppression de la taxe d’habitation, proposée dans le programme d’Emmanuel Macron, est intervenue rapidement après les élections législatives. Cette réforme, forcément populaire, a profondément modifié l’équilibre financier des collectivités territoriales, désormais davantage dépendantes des dotations de l’État. Pour compenser ces pertes de recettes, de nombreuses communes ont relevé la fiscalité foncière, alimentant le mécontentement d’une partie des contribuables. Cette réforme était typiquement une promesse populiste mais avec des conséquence importantes et redoutables…
Notre politique économique et sociale est profondément injuste et divise les français.
Sur le plan institutionnel, le second mandat a été marqué par une instabilité politique accrue. La folle dissolution de l’Assemblée nationale en 2024 a conduit à une fragmentation du paysage parlementaire, rendant impossible la formation de majorités stables. Pendant son second mandat Emmanuel Macron a usé pas moins de 5 Premiers ministres, ce qui est parfaitement inédit sous la Vème République. Nous vivons en mode de crise politique permanente…
À l’international, la politique étrangère de la France est perçue comme illisible. Le recul de l’influence française dans certaines régions, notamment au Sahel, ainsi que les positions adoptées dans le conflit en Ukraine, suscitent des débats sur l’orientation stratégique du pays et sur son rôle sur la scène mondiale.
L’influence de la France sur la scène internationale apparaît aujourd’hui en recul. Dans le conflit ukrainien, le positionnement adopté interroge : plutôt que de privilégier une démarche axée sur le dialogue et la recherche de solutions diplomatiques, la France s’inscrit dans une logique de soutien militaire à l’Ukraine. Ce choix est avant tout facteur d’escalade, contribuant à prolonger le conflit et à aggraver son bilan humain – victimes, destructions de l’habitat et des infrastructures, déplacements de populations et exils massifs. La France a permis la poursuite d’une guerre que l’Ukraine ne pouvait pas gagner ! Cette politique s’inscrit uniquement dans la perspective d’un conflit avec la Russie que l’OTAN présente comme « inévitable ». La Russie n’a pas les moyens économiques et militaires d’une guerre avec l’occident ; elle le sait parfaitement ! l’alarmisme actuel de l’OTAN est donc uniquement de la propagande de guerre.
Cette orientation s’inscrit largement dans le cadre du retour de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN, décidé sous la présidence de Nicolas Sarkozy, rompant avec la ligne fixée en son temps par le Général de Gaulle. Ce repositionnement stratégique marque un éloignement de la traditionnelle politique d’indépendance de la France dans le monde qui avait fait sa grandeur et son admiration dans une grande partie du monde.
Plus largement, la politique de puissance et d’influence qui caractérisait historiquement la France semble s’être estompée. Dans un contexte international en recomposition, le « Sud global » prend ses distances avec l’Occident, dont le modèle est de plus en plus contesté. Ce mouvement traduit un isolement croissant de l’OTAN elle-même vis-à-vis du reste du monde. Les stratégies qu’elle déploie sont perçues comme dominatrices, voire hégémoniques. Les valeurs mises en avant par les puissances occidentales apparaissent à géométrie variable, mobilisées avec d’autant plus de vigueur que des intérêts stratégiques ou des ressources sont en jeu.
Au terme de ces deux mandats, la présidence d’Emmanuel Macron laisse apparaître un bilan contrasté, marqué par des réformes structurelles, mais aussi par de profondes fractures sociales, économiques et politiques. L’impression qui domine est globalement négative et les promesses de 2017 n’ont pas été suivies de résultats tangibles.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, notre pays semble à la croisée des chemins. Dans un contexte de défiance croissante à l’égard des institutions, ce scrutin pourrait constituer un moment décisif pour redéfinir les priorités nationales et relancer le débat démocratique.
Comme le rappelait le Général de Gaulle, l’élection présidentielle constitue avant tout la rencontre entre un homme – ou une femme – et le peuple français. Il soulignait également que le débat essentiel de la présidentielle était le débat sur la souveraineté nationale… c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui !