Vendredi 26 septembre 2025 :
Dura lex, sed lex !
La condamnation de Nicolas Sarkozy à 5 ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt différé, par le Tribunal Correctionnel de Paris hier, n’a été vécue comme une déflagration que par ceux qui ignorent la loi.
Le délit d’association de malfaiteurs est une infraction obstacle dite « fourre-tout », infamante et quasi indéfendable.
Contrairement à la circonstance aggravante de bande organisée, il n’est pas nécessaire de prouver une structure hiérarchique ou un plan détaillé ; la volonté de coopérer entre plusieurs personnes suffit.
Le fait qu’elle ait été rajoutée in extremis en 2020 dans le dossier du financement libyen de sa campagne 2007 rendait donc presque inéluctable cette condamnation.
Mais, un appel ayant été formé par l’ancien président de la République, la justice est encore saisie et il ne saurait donc être question de faire des commentaires hâtifs sur ce jugement.
Nicolas Sarkozy reste présumé innocent, même si l’exécution provisoire neutralise le caractère suspensif de l’appel.
C’est naturellement sur cet aspect-là que peuvent et doivent se concentrer l’analyse.
En effet, malgré son appel, Nicolas Sarkozy ira en prison, pour un temps plus ou moins long en fonction des éventuelles demandes de remise en liberté de ses avocats.
Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, un ancien chef de l’Etat va être incarcéré.
Cela prouve que les temps changent.
Il suffit de regarder en ce moment sur france.tv l’exceptionnelle série documentaire à propos du Rainbow Warrior pour s’en convaincre… puisque le président François Mitterrand ne fut, quant à lui, jamais inquiété dans ce scandale d’Etat.
La déraison de certains politiques – qui n’hésitent pas à saper l’Etat de droit à l’énoncé de ce verdict – enlise le débat qui, bien souvent, tourne court. Ils ne sauraient être suivis dans leur delirium tremens.
Pour autant, qu’il soit permis – sans aucun parti-pris – de tenir cette decision pour un nouvel épisode de la désacralisation du pouvoir.
Non pas parce qu’il s’agirait d’une justice politique. Mais parce que la fonction présidentielle en est inévitablement affaiblie.
En cela, l’exécution provisoire est une arme qui aurait mérité d’être utilisée avec davantage de doigté, surtout après l’épisode Marine Le Pen (lire reflexions gaullistes CC, 01/04).
Car, quelques soient les sentiments que l’on éprouve envers Nicolas Sarkozy, cela n’est jamais bon que nos institutions, déjà malmenées, soient déconsiderées.
Dans « les ruines de la politique française » (dixit la BBC), il y a des choix judiciaires qui pèsent plus que d’autres !
Mardi 23 septembre 2025 :
Par la voix d’Emmanuel Macron à la tribune de l’ONU, la France est devenue hier le 153e pays à reconnaître l’Etat de Palestine, quelques jours après le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada ou encore le Portugal.
Ce n’est ni glorieux, ni infamant.
Pour certains, la reconnaissance de la Palestine devrait s’accompagner de sanctions envers Israël pour que l’autonomie puisse être effective.
Pour d’autres, qui récitent le message israélien, relayé par l’Amérique de Trump, on ferait un « cadeau au Hamas ».
Entre ces deux postures qui sont la preuve que ni les uns, ni les autres, ne maîtrisent les tenants et les aboutissants du conflit israélo-palestinien, il y a le réel, qui tient en quelques points :
Reconnaître un État palestinien dans le cadre de la solution des deux États n’est pas une nouveauté (cf. discours de François Mitterrand à la Knesset, à Jérusalem, en 1982) et ne constitue pas un soutien au Hamas qui ne veut pas des deux États. Au contraire, cela peut potentiellement éloigner la population de cette frange radicale et terroriste.
Quant au moment choisi pour le faire, il peut apparaître à contre-temps, deux ans après les massacres du 7 octobre.
Pourtant, il a fallu que le Hamas provoque une nouvelle guerre et plonge la Palestine dans l’horreur absolue pour que le sort de ce pays et de ses habitants revienne dans la lumière médiatique.
Et c’est bien justement parce que nous sommes en pleine offensive meurtrière à Gaza, tandis que la colonisation en Cisjordanie bat son plein, que le fait que deux membres du Conseil de sécurité (la France et le Royaume-Uni), reconnaissent l’État palestinien constitue un acte diplomatique fort.
Le but qui consiste à tenter d’imposer par le droit international l’existence du peuple palestinien sur ces terres – dont il ne saurait etre éradiqué – est téméraire.
Mais n’est-il pas trop tard ?
Car le problème majeur de ce plan est qu’il omet un élément essentiel : l’absence des acteurs clés que constituent Israël et les États-Unis.
Or, la solution ne peut venir que d’un compromis et certainement pas d’un coup de force qu’il soit militaire d’un côté ou diplomatique de l’autre.
Le vrai défi réside dans l’après.
Macron a voulu son moment, à l’instar de Jacques Chirac qui s’était opposé à la guerre en Irak en 2003, sans savoir ce qu’il va ou peut faire de ce qui ne s’apparente aujourd’hui qu’à un symbole.
Pour l’heure, il a surtout réussi à diviser les Français sur un conflit étranger, entre polémique sur le pavoisement des mairies et opposition d’une partie de la communauté juive française.
Et ça, ce n’est pas ce que l’on attend d’un président de la République !